Le Lazaret de la Grande Chaloupe et le ti train lontan

Le 19 septembre 2021, nous avons profité des journées du patrimoine, pour nous intéresser à une période que nous connaissons moins de l’histoire du peuplement de la Réunion : l’engagisme. C’est à travers une visite du lazaret de la Grande Chaloupe que nous apprenons ce qu’était un travailleur engagé, d’où ces travailleurs « libres » venaient et comment le métissage des cultures est né à La Réunion. Nous avons poursuivi notre visite sur le site de la Grande Chaloupe avec l’ancienne gare ferroviaire et son ti train lontan.

Le Lazaret de la Grande Chaloupe

L’engagisme à La Réunion

En 1828, suite à l‘interdiction de la traite négrière de 1817, les propriétaires terriens ne peuvent plus importer de nouveaux esclaves et font appel aux premiers travailleurs engagés. Ces travailleurs « libres » viennent principalement d’Inde, mais aussi d’Afrique, de Madagascar, des Comores, de Rodrigues et de Chine.

le lazaret de la grande chaloupe

Contrairement aux esclaves, les engagés sont volontaires pour venir travailler sur l’île. Ils signent un contrat de travail de 3 à 5 ans et ils ont droit à un salaire, un logement, de la nourriture, des soins médicaux, des vêtements ainsi que la promesse de pouvoir rentrer chez eux une fois le contrat terminé. Dans les faits, tout au moins au début de l’engagisme, leurs conditions de vie et de travail sont peu différentes de celles des esclaves. Quant à leurs salaires, ils sont souvent versés en retard, amputés de frais pas très légaux, voir pas du tout versés. Mais, à la différence des esclaves, qui ont l’obligation d’adhérer à la religion catholique, les engagés ont le droit de pratiquer leur propre religion. Le métissage culturel de La Réunion prend ainsi ses racines.

De 1828 à 1848, année de l’abolition de l’esclavage, les travailleurs engagés travaillent en même temps que les derniers esclaves.

Pour éviter tout risque de propagation de maladies épidémiques, tous les engagés arrivant sur l’île sont isolés, dans un lazaret, pendant une dizaine de jours. En cas de maladie, la quarantaine se prolonge jusqu’à sa disparition.

L’histoire des Lazarets

Les lazarets sont des établissements d’isolement et de soins, destinés aux personnes devant subir une quarantaine sanitaire forcée. À l’époque, les maladies les plus à craindre sont la variole, la peste et le choléra.

Le lazaret de la Grande Chaloupe - débarquement des passagers en quarantaine
Débarquement des passagers en quarantaine
  • Le lazaret de la Petite Ile à Saint Denis

C’est dans ce quartier isolé du chef-lieu, qu’a été créé vers 1790 le tout premier lazaret de La Réunion.

  • Le lazaret de la ravine à Jacques

Le lazaret de la ravine à Jacques, est créé au XVIIIe siècle, dans une ravine isolée de Saint Denis, pour les esclaves, les passagers libres et à partir de 1828 pour les engagés.

  • Les lazarets de La Grande Chaloupe

La forte augmentation des arrivées de travailleurs engagés, pour faire face aux besoins de main d’œuvre dans les usines de production sucrière, nécessite la construction de nouveaux lazarets. En 1860, on estime à 65 000 le nombre d’engagés sur l’île dont 37 777 indiens, 26748 africains et 443 chinois.

Deux lazarets sont donc construits sur le site de la Grande Chaloupe : dès 1860, le Lazaret 1, en bord de mer et en 1863, le Lazaret 2, un peu plus haut dans la ravine. Ils resteront en fonction jusqu’en 1935.

En 1998, les lazarets de la Grande Chaloupe sont classés monuments historiques. En 2004, Le lazaret 1 de la Grande Chaloupe a fait l’objet d’une importante campagne de restauration et il est devenu aujourd’hui un lieu de mémoire ouvert au public.

Notre visite commence par le pavillon d’isolement, appelé aussi l’infirmerie ou l’hôpital, du lazaret 1. Ce bâtiment n’est construit qu’à partir de 1898. Il est composé d’une salle d’attente, de deux dortoirs, d’une pharmacie/tisanerie et dans la cour se trouvent les latrines. C’est aussi ici que vit le médecin. Il est tenu de s’isoler avec les malades pendant toute la durée de la quarantaine. Nous y découvrons, aujourd’hui, une exposition sur l’engagisme et la quarantaine telle qu’elle était instaurée aux XIXes et XXes siècles tout en faisant écho au confinement que nous avons vécu en 2020.

le lazaret de la grande chaloupe - pavillon d'isolement
le pavillon d’isolement
le lazaret de la grande chaloupe - pavillon d'isolement
exposition sur l’engagisme
le lazaret de la grande chaloupe - latrine du quartier d'isolement
les latrines – quartier d’isolement

Nous nous dirigeons ensuite vers les dortoirs. Ce sont deux bâtisses, construites à l’identique, mesurant quarante mètres de long sur sept mètres de large. Elles sont sur deux étages avec un accès indépendant pour le deuxième niveau. Chaque dortoir est destiné à recevoir entre 400 et 500 personnes.

L’un des deux dortoirs est occupé, par la Direction Départementale de l’Equipement. En effet, depuis la construction de la route en corniche (actuelle route du littoral) en 1950, il sert d’entrepôt. Il n’est pas possible de le visiter.

 le lazaret de la grande chaloupe - Dortoir

Les ruines du deuxième dortoir ont fait, quant à elles, l’objet d’une restauration. Elles accueillent régulièrement des expositions. Aujourd’hui, ce sont les magnifiques dessins de l’artiste Henri Maillot, sur le thème du confinement, que nous découvrons.

le lazaret de la grande chaloupe - dortoir restauré

Perpendiculaire aux deux dortoirs, un troisième bâtiment, la longère, servait de magasin et de locaux administratifs. Le bâtiment accueille désormais une exposition permanente sur le métissage végétal : plantes et usage au temps de l’engagisme. On y apprend l’utilisation des plantes par les différentes communautés.

le lazaret de la grande chaloupe - dépendances
le lazaret de la grande chaloupe - la case du noir
Autour de la marmite – lithographie intitulée : la case du noir

Autour de la marmite

« Une fois que la marmite est au feu, bien équilibrée sur ses trois touques, tout en racontant les évènements du jour, en causant de mille riens très intéressants, on prépare les brèdes que le père a rapporté des champs, on fait le rougail ; et quand le dîner est en bonne voie, qu’il ne faut plus que de la patience, le repos succède à l’activité ; le papa tire sa vielle pipe. » Extrait de : le mémorial de La Réunion III, 1849 – 1882 de Vaxelaire D. 1985.

Enfin, dans le prolongement du pavillon d’isolement, se trouve le cimetière.

le lazaret de la grande chaloupe - cimetière
Dans le cimetière, quelques tombes ont été reconstituées

L’ancienne gare ferroviaire de la Grande Chaloupe et le ti train lontan

La gare de la Grande Chaloupe

La gare de la Grande Chaloupe fait partie des douze anciennes gares du tracé du chemin de fer réunionnais. En février 1882, un chemin de fer reliant le port de la Pointe des Galets aux principales régions productrices de sucre est inauguré. 126 kilomètres de voies ferrées sont construites entre Saint Benoit et Saint Pierre. C’est à la gare de la Grande Chaloupe que se croisent les convois venant du nord et du sud. La ligne cesse de fonctionner en 1976 suite à la livraison de la route du littoral.

GARE DE LA GRANDE CHALOUPE

La gare de Grande Chaloupe est inscrite au titre des monuments historiques en 1998.

Le ti train lontan

Le ti train lontan est l’une des dernières locomotives à vapeur de type Schneider 030T. Onze exemplaires de cette locomotive ont été importés sur l’île de La Réunion entre 1879 et 1881. Le ti train lontan est classée monument historique depuis 1994.

Pour les journées du patrimoine, l’association de réinsertion « les Palettes de Marguerites » et l’association « ti train lontan », ont offert une deuxième jeunesse à notre emblématique ti train de la Grande Chaloupe ainsi qu’au car courant d’air et aux autorails. Les peintures mais aussi les sièges et les boiseries ont été rénovés. Merci à eux pour ce magnifique travail.

gare de la grande chaloupe - ti train lontan

Infos Pratiques

Le site est ouvert au public du mardi au vendredi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 13 h à 16 h 30.

Plus d’informations sur le site du département de La Réunion : www.departement974.fr/sites-culturel/les-lazarets-de-la-grande-chaloupe.html

Les journées du patrimoine ont lieu chaque année au mois de septembre, et c’est toujours une très belle occasion de découvrir des sites parfois fermés en tant normal au public. Et vous qu’avez vous visité pour ces journées du patrimoine 2021 ?

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Angélique

Angélique ma maison autour du monde

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